premiers pas à Vhasi…sur les chemins de St Jacques de Compostelle

Ce qui m’a attiré vers cette expérience, c’était à la fois ces chemins mythiques pour moi et une invitation de ma fille à entrer dans son « monde de Vhasi ».
Je ne vais pas raconter le détail de nos journées ; pas non plus tout ce que nous avons vu de paysages doux, vastes ou somptueux et de chapelles, d’églises témoignages d’histoire et de patrimoine…ça, vous le trouverez dans tous les guides.

Je veux parler de moi, de moi nouvelle venue dans ce groupe où je ne connaissais personne, nouvelle venue dans l’approche des personnes handicapées…

Dans ces dix jours, j’ai fait trois voyages, au moins : la découverte du petit bout du chemin de St Jacques, la découverte d’un petit bout des réalités des personnes handicapées, la découverte d’un petit bout des réalités parentales…
Je ne m’étais préparée à rien. Juste à être ouverte à ce voyage, avec confiance, puisque j’étais « parrainée » par ma fille qui m’avait raconté avec fougue ces temps de partage à Méaudres, vécus avec ses copines scouts auprès des jeunes de Vhasi! – Partage, c’est un mot qu’elle aime particulièrement. Je me suis donc laissée porter par son invitation à partager avec moi.

Je me suis retrouvée dans un autre monde. Un monde où tout a un autre sens, un monde où être disponible et attentif à l’autre doit être la norme, où certains sourires ou un seul mot ensoleillent toute une journée, un monde hors norme soigneusement caché au monde ordinaire, en tous cas à mon monde à moi… un monde plein de douleurs, mais aussi de sensibilité et de joies…

Je me suis retrouvée dans une sorte de joyeuse équipée caravanesque qui mêlait 15 jeunes à une douzaine d’adultes plus quelques ados et un chien, le tout empilé dans 3 minibus qui serpentaient d’un gîte à l’autre en promenant les couleurs de Vhasi dans ces belles régions.

Les couleurs de Vhasi me plaisent. Elles me disent qu’avant d’être un handicapé, un jeune est une personne, avec des désirs, des besoins, des chemins propres. Elles me disent que chaque personne a droit au respect. Elles ouvrent des possibles pour tous, jeunes et accompagnateurs.
Dans ce cadre privilégié où le nombre et la variété des participants permet à tous, quels qu’ils soient, de vivre des expériences bousculantes et rassurantes à la fois…chacun a sans doute grandi un peu, chacun à sa manière. En tous cas, je me sens avoir grandi. Et ça, c’est génial !

J’ai envie de remercier Marie ( et tous ceux qui forment et font vivre cette association ) qui, par la force de ses convictions, veut défendre concrètement les valeurs qui l’animent auprès des personnes qui n’ont pas les mots pour les réclamer. De la remercier aussi pour son regard bienveillant sur tous. La distance qu’elle propose semble être source d’espaces de liberté…

J’ai envie de raconter les jeunes…mais c’est impossible ! J’ai envie de raconter les mamans des jeunes qui m’ont permis d’entrer un tout petit peu dans leur réalité… mais c’est impossible aussi ! Alors, je me contenterai de quelques instantanés de bonheurs :

C’est le visage de Cécile quand Sylvain la découvre dans la salle de restaurant de l’accueil Ste Foy et qu’il lui fait un sourire et un signe de la main ! C’est Myriam qui râle tout le long de la longue descente pierreuse parce qu’elle a peur et qu’elle dit que « c’est trop dur et qu’elle est folle, cette Marie Christine de lui faire faire ça, qu’en plus elle a une ampoule et qu’elle le dira à sa sœur et même à sa mère…. » et qui annonce fièrement à Marie en arrivant : « T’as vu Marie, j’ai bien marché, hein ? »…C’est Louis, Sophie et Lionel qui jouent au foot avec brio et enthousiasme et Stéphanie et Myriam qui font les pom-pom girls convaincues ! C’est Denis avec qui les échanges s’allongent au fil des jours et qui jette dans le bus au retour : « je suis content de revoir maman ! »…C’est Stéphane, le petit dur, qui me prend par le cou et me dit « pascale, tu fumes trop ! ». C’est Virginie qui nous dit tous les jours : « Moi, mardi, j’m'en fous : je reste dans le canapé ! » et qui marche comme une chef ! C’est Christian et Louis qui complotent quelque chose dans leur langage qui nous est étranger, et qui arrivent en courant pour emporter quelques revues chrétiennes disposées exprès pour ça dans une église ! C’est la grande tablée d’anniversaire de Guillaume où Sylvain, Louis et Lionel chantent chacun à leur tour et spontanément une chanson et que tout le monde applaudit, tellement c’est fort ! C’est le visage heureux de Guillaume quand il rigole avec ses copains ! C’est celui de Stéphanie ou de Sylvain plongés dans leur cahier de bord, au moment du départ de Conques…qui nous montrent que ces soirées passées à rédiger, décorer, illustrer les atouts, même si elles ont parfois été poussives sur la fin, sont chargées de sens…
C’est Myriam qui entraîne Louis quand il a mal aux pieds « Allez viens, mon Luigi ! » ou Sylvain qui aide Guillaume qui fatigue en le tenant par la main ; c’est Tom le chien, qui permet à Stéphane d’oublier qu’il en a marre, un jour où l’étape est longue ; c’est Alyster qui vole de l’un à l’autre dispensant à tous son énergie et sa bonne humeur débordantes ; c’est Stéphane qui masse le dos de Dominique avec application ; c’est Marie qui coordonne en coulisses, et rend possible une pagaille organisée où chacun peut prendre ses marques petit à petit …
Mais comment s’arrêter de décrire ces mille et un instants précieux ?
Pendant cette randonnée, il y a eu des rires et il y a eu des larmes.
Parce que les temps étaient forts, dans la beauté des paysages, enveloppée de la charge spirituelle des lieux de prière qui jalonnent le sentier. Que l’on soit croyant ou non, on ne peut échapper à ce climat particulier qui ramène chacun vers les valeurs essentielles. La densité des échanges et les expériences que nous avons vécus toute cette semaine y sont peut-être liés.
Il me semble que ces dix jours, nous ont permis à tous d’ouvrir un peu plus grand les yeux, de modifier nos regards ou d’avancer d’un pas sur notre chemin propre, dans le secret de notre cheminement personnel, que l’on soit handicapé ou pas…

Pascale

Premiers pas à Vhasi...sur les chemins de Saint Jacques de compostelle

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